La Coupe de France revient cette semaine, avec une demi-finale 100% National entre les Herbiers et le Chambly FC. Dans le cadre de ce match, un rédacteur du club a réussi à interviewer monsieur Jean-Michel Rouet, vice-président et responsable de la communication du FC Chambly.

Que représente le FC Chambly pour vous ? Depuis 2015 Chambly est labélisé Ecole de Foot FFF, quel est l’objectif du FC Chambly avec les jeunes ?

  • J’ai travaillé 33 ans au journal l’Équipe, j’ai pris ma retraite en 2014, et depuis j’ai été entre guillemets embauché au FC Chambly par mon ami Fulvio Luzi. Je travaille au club à titre bénévole, c’est une passion et pas un métier. Pour les jeunes, nous sommes le seul club de France à encore être qualifié en coupe de France et en Gambardella. C’est quand même le signe que l’on a des équipes de jeunes compétitives. Nos U17 et nos U19 sont en championnat de France, nos U16 sont en championnat élite des Hauts de France et ont 15 victoires en 15 matchs idem pour nos U15 qui ont 14 matchs 14 victoires depuis le début de la saison, donc on est très performant sur ce point. Le seul problème avec nos équipes de jeunes qui sont en championnat de France, est le fait que nous ayons un seul terrain pour l’entrainement des 650 licenciés. Cela ne perturbe pas trop l’équipe première car elle s’entraine seule le matin, même si c’est un terrain synthétique et que cela pose des problèmes physiques quelque fois. Par contre, pour les jeunes qui s’entrainent en soirée, cela nous oblige à faire des plannings extrêmement serrés et donc nos U17 et U19 ne s’entrainent que sur des demis-terrains ce qui nous empêche de faire une mise en place tactique. C’est donc un gros handicap, contrairement à d’autres clubs amateurs de la France, nous nous n’avons pas de sport études et de classe études, nos jeunes sont donc répartis dans différents établissements et ne se retrouvent que trois fois par semaine pour les entrainements ce qui explique leurs difficultés en championnat, mais ils sont aussi capables de faire de beaux coups comme en Gambardella.

Actuellement 16ème de National (sur 17), comment voyez-vous la fin de saison ? Quel est l’objectif de Chambly ?

  • L’Objectif, pour être très franc, c’est de garder notre place en National plutôt que d’aller en finale de la Coupe de France. Ce n’est pas forcément incompatible mais la priorité absolue du club c’est de sauver sa place en National. On vit une saison compliquée car elle a mal été entamée, sur les 5 premiers matchs on a pris 1 point et marqué 0 but, donc on a pris du retard. On est bien revenu en fin d’année en gagnant 3 matchs de suite et en remontant à la 7ème place et là on reste sur une série plus compliquée, ce qui explique que l’on est avant-dernier, même si l’on a 2 matchs de retard. Le National est un championnat très homogène, tous les ans, mais encore plus cette année, il n’y a pas de mauvaises équipes, ni d’équipes qui dominent, mis à part Grenoble que je trouve au-dessus du lot, ce qui fait que tout le monde peut battre tout le monde et que dès que l’on est moins bien, comme ça a été notre cas dernièrement, peut être parce qu’on avait la coupe dans la tête, on le paye tout de suite. Avant la demi-finale on a 7 matchs de championnat et il faut qu’on assure notre maintien dans ces 7 matchs. C’est 7 finales, on rencontre le Red Star samedi qui est 4ème et qui est sorti du podium pour la première fois de la saison mais qui est des grands prétendants à la montée, mais il faut absolument décrocher un résultat face au Red Star. Ensuite on reçoit tous les premiers donc il va falloir prendre des points contre les premiers mais quand on bat Strasbourg, Chateauroux qui est 5ème de Ligue 2, comme l’an dernier où l’on pousse Monaco aux prolongations en coupe de France, c’est qu’on a des arguments. On les a d’ailleurs montrés l’an dernier en championnat puisque qu’on rate la montée au goalaverage à égalité de points avec le Paris FC qui est monté. Mais cette année, avec une équipe plus forte sur le papier, on a eu beaucoup de problèmes, de blessures, on se retrouve là (16ème sur 17). Mais encore une fois la priorité c’est de se maintenir. Evidemment si on peut se maintenir et aller au Stade de France, on ne va pas dire non.

On retrouve très souvent Chambly en 32ème de finale de coupe de France, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

  • Il y a une sorte d’ADN du club cultivée par le président fondateur, par le président actuel, par son frère qui est l’entraineur, on est une équipe compétitive et qui a toujours aimé la coupe. Nous sommes à six 32ème de finale mais surtout ça s’est accéléré depuis 2 ans puisque l’on a affronté Lyon, Monaco, on a éliminé Reims (avec De Preville, Mandy etc) il y a 2 ans qui était en Ligue 1 sur le score de 4-1 chez nous. Et l’année dernière, on va à Amiens pour gagner 2-0, ensuite on a fait ce match incroyable contre Monaco où l’on est mené 3-0 on revient à 3-3 et on perd 5-4 aux prolongations. Donc c’est vrai qu’il y a un ADN dans cette équipe-là, c’est beaucoup entretenu par le président et son frère entraineur. D’ailleurs il y a une statistique forte qui le montre, en 30 d’existence, le FC Chambly n’a été sorti que 2 fois par un club d’une division inférieure.

Comment sont préparés les matchs de coupe de France par votre club ?

  • La seule différence est que nous faisons une mise au vert pour les matchs à la maison. La différence se fait certainement dans la tête des joueurs qui sont peut-être plus concentrés pour les matchs de coupe.

Que pensez-vous du tirage de ces demi-finales ? Auriez-vous préféré affronter Caen ou le PSG ?

  • Lorsque l’on a été tiré au sort, le match Caen-Lyon n’était pas joué. Caen aurait peut-être été une équipe qui nous aurait permis de créer un exploit comme contre Strasbourg. Le PSG c’était un match de rêve pour le club et pour les joueurs. Mais le seul match qui nous donnait une chance d’aller en finale c’est face aux Herbiers, ce qui est d’ailleurs vrai aussi pour eux.

Vous avez affronté les Herbiers deux fois cette saison, avec une défaite à domicile, et une victoire chez eux sur le score de 3-1. Comment allez-vous aborder ce match ?

  • Nous sommes deux équipes proches l’une de l’autre, cela nous laisse plus de chance de passer que face aux deux clubs de Ligue 1, c’est du 50/50.

Le match se déroulera à la Beaujoire à Nantes. Est-ce que cela peut avoir un impact sur le groupe ?

  • C’est une chance de jouer dans un vrai beau stade de foot qu’est la Beaujoire. Ce que l’on préfère à la limite que de jouer chez nous puisque en fait nous ne jouons plus vraiment chez nous. Les deux derniers matchs nous les avons joués à Beauvais donc même les joueurs préfèrent aller jouer à la Beaujoire contre les Herbiers que de jouer à Beauvais. A l’arrivée le perdant sera très déçu puisque l’opportunité pour un club comme Chambly ou les Herbiers de retourner en finale sera quasiment nulle donc c’est la chance de notre vie. Pour eux comme pour nous, le perdant sera probablement très triste mais celui qui va gagner va vivre quelque chose de fabuleux. Nîmes, Amiens, Quevilly-Rouen ont déjà été en finale en étant en National, mais ce sont des clubs de grandes villes, les Herbiers c’est 15.000 habitants et Chambly c’est 10.000 habitants. Donc c’est très différent dans le profil du club. Nous sommes deux clubs qui venons du football amateur. Nous sommes montés en National en 2014, les Herbiers en 2015 donc nous sommes deux clubs qui se ressemblons quelque part.

Le match aura lieu un mardi soir, pensez-vous que vos supporters seront nombreux à faire le déplacement ? Le club a-t-il mis en place des choses pour favoriser le déplacement des supporters ?

  • Nous ne l’avons pas encore fait comme nous avons traversés des moments compliqués avec le décès de notre président fondateur, mais on va le faire oui. On va faire en sorte de tout faire pour amener le maximum de supporters à Nantes ce qui n’est pas évident un mardi soir en pleine semaine. On espère amener 1000 personnes de chez nous à la Beaujoire, ce qui est énorme pour un match en pleine semaine et pour un club comme le nôtre.

Le match sera diffusé sur Eurosport et sera donc payant, que pensez-vous du fait qu’une seule des deux demi-finales soit diffusée sur France Télé ?

  • C’est la règle du jeu, on la connait depuis le début. Les droits de la Coupe de France se partagent entre France Télévision et Eurosport. Dans un monde idéal, on pourrait dire que le service public avec France Télévision aurait pu privilégier le match des petits, mais bon ils ont privilégié le match du PSG. En même je comprends cela, eux croient et peut-être à juste titre, qu’ils feront une plus grosse audience avec le PSG. Ce qui est dommage, mais ce qui n’est pas le cas qu’en Coupe de France, c’est qu’effectivement le plus grand nombre ne peut pas voir des matchs comme celui-là. Ça a même été pire au début de notre parcours en Coupe de France puisque les matchs étaient sur Eurosport Player qui est la chaîne payante de Eurosport, ce qui demande de payer encore en plus pour voir les maths de 32ème et de 16ème de finale. Après très honnêtement, je pense que le match le plus spectaculaire des deux risque d’être le nôtre, mais après quelle audience peut faire, sur le service public les Herbiers – Chambly, j’en ai aucune idée. Mais je ne condamne pas France Télévision, je regrette effectivement qu’un match comme celui-là sera réservé uniquement aux abonnés.

Avec ce magnifique parcours en Coupe de France, le FC Chambly a perçu des dotations importantes. En Novembre 2017, votre président Fulvio Luzi disait que l’objectif était principalement financier. Aujourd’hui vous êtes en demi-finales, l’objectif est-il toujours financier ?

  • C’est un président qui dit ça. Le président a tous les ans un budget à boucler et que cela représente une manne exceptionnelle. Mais croyez-moi, moi qui le connait bien, l’objectif n’est pas que financier. Un jour on se souviendra dans l’histoire du football que Chambly ou les Herbiers a joué une finale de Coupe de France et ça, ça n’a pas de prix. On vit une aventure sportive et humaine exceptionnelle. Ce que l’on a déjà touché actuellement, enfin la Fédération ne nous l’a pas encore donné mais, une qualification représente 520.000€ c’est le quart de notre budget donc c’est quand même pas rien. C’est une goutte d’eau pour un club professionnel et encore plus pour le PSG, mais pour un club comme les Herbiers ou nous, qui avons le même budget, c’est considérable. Comme le dit le président, si on est intelligent et qu’on ne jette pas l’argent pas les fenêtres, cela peut nous permettre de pérenniser le club et d’être un peu plus tranquille pour les saisons à venir et ne pas faire ce qu’ont fait des clubs qui ont été loin en Coupe de France comme Calais qui a déposé le bilan récemment, comme Chambéry qui a été en quart il y a quelques années, et qui aujourd’hui a presque disparu de la circulation. Le gros piège c’est de toucher un petit magot comme celui-là et de le redistribuer de suite aux joueurs, ou je ne sais comment et se prendre pour d’autre. Je connais très bien le président, et cet argent là il ne va pas le jeter par les fenêtres.

A quoi vont servir ces dotations ?

  • Cela peut servir à beaucoup de choses, notamment pour nous qui avons 4 mini-bus pour toutes nos équipes ce qui rend l’organisation des week-ends compliquée, donc cela peut permettre d’en acheter d’autre. Cela peut permettre de prendre d’autres éducateurs. Notre problème est que l’on n’a pas d’équipe féminine pour l’instant, non pas parce qu’on n’en veut pas, mais parce que l’on n’a un seul terrain pour s’entraîner et deux vestiaires donc on ne peut accueillir d’équipe féminine pour le moment. Cela pourra peut-être permettre de développer cela et également de prendre des bons joueurs pour l’année prochaine, si on se maintien, pour améliorer notre équipe. Mais en garder un petit peu pour faire face à des moments difficiles car pour tous les clubs amateurs, les subventions baissent, et on doit composer avec ça, aller à la recherche des sponsors pour compenser ces baisses donc c’est des sommes qui sont extrêmement importantes. On va essayer d’améliorer le club dans sa globalité avec cet argent.

Après le but de Lassana Doucouré à la 83’ minute, quelle a été votre réaction ?

  • Après le but honnêtement je savais que l’on avait fait un grand pas parce que nous avons joué la 2ème mi-temps dans des conditions de jeu très compliquées avec un vent très violent, une sorte de bise glaciale, vous preniez presque des coups de couteau dans le visage. Les strasbourgeois jouaient face à ce vent là et quand ils ont pris le but à leurs expressions j’ai bien compris qu’ils avaient compris qu’eux ne reviendraient pas. Ce n’était pas le cas du tout contre Granville au tour précédent puisqu’on a marqué en début de deuxième mi-temps. Là on marque à la 83ème minute, je savais qu’on avait un pied et demi et demi-finale.

On a appris peu après la fin du match, le décès du fondateur du club, Monsieur Walter Luzi. Que représente-t-il pour le club ? Pensez-vous que cette disparition peut fragiliser le club, ou au contraire donner une force supplémentaire au groupe ?

  • Je suis intimement convaincu que cela va donner une force supplémentaire au groupe. C’était quelqu’un qui, non seulement avait fondé le club avec ses fils mais qui était là au quotidien avant sa maladie. Il venait tous les jours, il venait aux entrainements et pas que de l’équipe première d’ailleurs. Les joueurs le croisaient tous les jours, ils avaient une profonde estime et une grande affection et donc c’était quelqu’un d’extrêmement généreux, le cœur sur la main donc son décès a été une très grosse épreuve. On a appris ça trois quarts d’heure après la fin du match, il n’y a pas eu de fête. La victoire n’a pas été célébrée, tout le monde est rentré chez soi, il y avait un buffet de prévu pour les partenaires et les sponsors, tout ça a été annulé évidemment au dernier moment. Les joueurs, qui l’aimaient beaucoup, sont rentrés chez eux le cœur lourd. Je le vois bien, je suis retourné aux entrainements depuis, que les joueurs ont envie de gagner pour lui, ça me semble être une évidence.

En cas d’accession en finale, que feriez-vous ? Avec-vous des paris ou autre ?

  • Je vais vous donner un scoop. Si on va en finale, il y a des joueurs qui pensent qu’il faudra y aller au Stade de France en RER, comme cela n’est pas très loin de chez nous. Je n’aime pas trop parler de ça, encore une fois, ça va être un match très compliqué contre les Herbiers pour qui j’ai beaucoup de respect.

 

Nous attendons donc avec impatience cette demi-finale pour savoir qui des Herbiers ou de Chambly ira tenter de décrocher le titre au Stade de France.

Mes remerciements au FC Chambly et à son vice-président pour cette interview et leur communication.

Interview réalisée le 7 mars 2018.

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